Infantilisation programmée
Voici un scoop : à présent, il n'y a plus d'être humains qui naissent, passent de l'état de bébés à celui de l'adolescence, puis entrent dans l'âge adulte, ont un travail et finissent leurs jours tout naturellement quand ils sont très âgés.
Désormais, de la naissance à la mort, nous sommes parqués à vie dans une sorte de jardin d'enfants. Je parle des gens dans nos pays qui ont les moyens, évidemment. Là où c'est la guerre, c'est une autre histoire, bien effrayante, dont nous ne savons que ce que les médias nous en disent. On verra ça peut-être une prochaine fois.
Aujourd'hui, c'est la fin de vie qui est au programme de cet article. Est-ce lié à mon âge ? En allant sur les réseaux faire la promo de mes livres, je vois apparaître de plus en plus de publireportages, ou même de simples encarts qui vantent les maisons de retraite.
On y voit des personnes âgées, souriantes, bien habillées, en train de se parler avec ravissement sur fond de manoir enchanté, suivi de la visite de chambres aménagées avec tact, mais qui montrent bien les barres d'appui dans la salle de bain, le lit avec un suspensoir médicalisé, toute sortes de choses indispensables pour arriver encore à se déplacer quand on a dépassé l'âge de la vie active depuis très longtemps. Le lit lui-même fait penser à un berceau.
Ce ne sont plus des maisons de retraite, encore moins des hospices, ces mots-là peuvent à juste titre effrayer. Nous serons accueillis dans ces "jardins d'Arcadie", ou ces "Sénioriales" ou autres appellations similaires qui empestent le fonds d'investissement, et font penser à un Disneyland pour les vieux..
Que dites-vous ? Les vieux ? Mais non, il n'y a plus de vieux dans la "Silver économie" (ils aiment le franglais, ceux de la "start-up nation"), seulement des personnes âgées en pleine forme qui se préparent à intégrer ces établissements de luxe pour profiter de leur retraite.
Toujours est-il que derrière cette façade enfantine du bonheur permanent, même à un âge avancé, se cache à peine la grande faucheuse, celle qui permet un "turn-over" (eh oui, j'écris comme eux, ils sont contagieux les "start-uppers") inespéré dans les chambres, puisque les retraités suffisamment riches pour venir s'y installer y meurent rapidement dans tous les cas.
Et pour les plus pauvres, il y a toujours l'hospice, rebaptisé EHPAD. Il faut payer aussi, mais le gouvernement procure des aides, ce qui soulage quelque peu les enfants des vieux bénéficiaires (qui devront quand même passer à la caisse).
La mort fait peur, évidemment. Mais ces mouroirs de luxe sont encore plus effrayants, parce qu'ils ont le culot de nous faire croire que l'on vieillit bien chez eux, alors que c'est une épreuve interminable, ponctuée de maladies plus ou moins soignables, et ce n'est pas en posant ses ultimes valises dans une chambre de ces faux hôtels qu'on pourra retarder l'issue fatale.
J'ai écrit un roman à ce sujet, du coup j'en profite pour vous le recommander : "L'Herbe aux loups".
Une jeune infirmière fait un voyage en Crète avec son ami, et découvre une substance mortelle, l'Aconitum. De fil en aiguille, son compagnon la persuade de l'utiliser en France pour soulager ses patients en fin de vie.
Je ne raconte pas la suite, vous la lirez. La fin débouche sur une conclusion évidente, à savoir qu'il vaut mieux en finir calmement quand le corps ne tient plus, et surtout ne pas enrichir de notre agonie ces fonds capitalistes qui tuent le monde à coup de milliards.

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